- RWM : Quels étaient les critères pour joindre l’équipe ?

- AF : La première chose que je faisais était de leur apprendre à compter un deck en utilisant le Revere APC et leur donnais une carte de la stratégie de base. Je leur demandais de revenir une fois la stratégie de base apprise et lorsqu’ils seraient capables de compter un deck en moins de 30 secondes pour être testés. Ce n’est que s’ils réussissaient le test que je leur apprenais le reste. Une fois cette étape franchie, ils devaient améliorer leur vitesse sous la barre des 20 secondes. Pour débuter, s’ils étaient capables d’être sous les 30 secondes, je savais qu’ils avaient la motivation nécessaire et le potentiel d’apprendre. S’ils n’y mettaient pas les efforts ou ne me rappelaient pas, je ne m’en faisais pas trop puisqu’il y avait beaucoup de gens intéressés à joindre l’équipe, la plupart étant des connaissances de joueurs en place.
J’ai montré à nombre de femmes à jouer. Nous en avions plusieurs sur l’équipe et cela explique peut-être une partie de nos succès. Les femmes n’étaient pas réputées capables de jouer correctement au Backjack.

- RWM : Lors de mon entretien avec Cathy Hulbert pour « Gambling Wizards », elle me disait que les casinos n’avaient pas l’habitude de voir des jeunes femmes miser $1 000 la main et qu’ils sont alors devenus suspicieux.

- AF : C’est exact sauf que je ne les utilisais que comme spotters et les casinos ne nous ont jamais suspectés.

Une fois, Ken jouait en ville, au Fremont et avait dû terminer sa session après 35 minutes puisqu’il avait déjà gagné $27 000. Un de nos BP nommé Bill était dans un casino voisin où seulement des « double decks » étaient installés. Nous n’avions pas l’habitude de jouer ce type de partie car lorsque le compte est positif, puisqu’il ne le reste pas longtemps, votre BP doit pratiquement courir à l’intérieur du casino. Puisque j’avais maintenant 6 compteurs additionnels de disponible, j’ai décidé de les envoyer rejoindre Bill et son groupe. Je suis moi-même descendu sur place afin de voir comment se comporterait le casino avec 13 de nos compteurs à l’intérieur. Cette situation gardait Bill extrêmement occupé, il courrait dans tous les sens. Il pouvait y avoir 3 ou 4 joueurs lui signalant une situation favorable au même moment.
J’ai remarqué que Bill perdait et qu’il allait peut-être manquer d’argent. J’ai donc traversé le casino et à la vue de Bill je mis ma main sur mon entrejambe signalant à Bill de me retrouver aux toilettes. Juste à l’entrée des toilettes je me suis arrêté au téléphone afin de feindre un appel et j’ai laissé une enveloppe brune à vue (Bill savait de quoi il s’agissait) contenant $15 000 pour que celui-ci puisse poursuivre le jeu.

Il jouait à une table et aperçu un signal sur une autre table plus loin. Bill dut crier au chef « faîtes 3 mises pour moi sur cette table ». Il donna de l’argent au chef pour effectuer les mises et vit un autre signal sur une troisième table, il dit « placez 3 autres mises pour moi sur celle-ci aussi ». « Qu’est-ce que j’ai là ? », Le chef dit «  vous avez un 15, un 16 et 20 ». Bill dit « restez, restez, restez », heureusement il pouvait voir la carte ouverte du croupier sur cette table. Puis il cria de nouveau « faîtes 3 mises là-bas pour moi » et pointant une autre table « 3 de plus ».

C’était comme regarder un chef d’orchestre. Les chefs courraient à l’intérieur du casino afin de miser pour lui. Cela aurait été plaisant s’il avait gagné, malheureusement il perdit environ $30 000. Le jour suivant, nous pensions faire un malheur alors que Bill semblait être un excellent client pour eux, ils aimaient tellement son action. Puis une fois au casino, Bill fût informé qu’il ne pouvait jouer que sur une seule table à la fois. La raison étant que ce qui s’était passé la veille donnait trop d’opportunités aux croupiers de tirer profits d’une telle situation (voler le casino).

- RWM : Il y a un long moment que j’ai lu « The Big Player » (par Ken Uston et Roger Rapoport) et il me semble y avoir lu une histoire semblable sauf que Ken était le BP.

- AF : Ken prenait constamment du mérite pour des choses qu’il n’avait pas faites. Habituellement c’était des choses que moi-même avais fait mais dans ce cas particulier, c’était vraiment Bill qui était le BP.

- RWM : En quelle année avez-vous mis de l’avant le concept du « Big Player » ?
- AF : J’ai eu l’idée en 1971 ou 1972 et j’ai rencontré Ken en 1973.

- RWM : Quand cela fut-il révélé ?
- AF : Probablement en 1975.

- RWM : Avez-vous continué à jouer avec Ken Uston après cela ?
- AF : Nous étions restés amis. Par la suite, il utilisait beaucoup le « hole carding » (Méthode par laquelle le joueur réussit à voir la carte cachée du croupier par diverses méthodes de positionnement à la table).

- RWM : Vous n’avez donc entretenu aucune rancune envers Ken Uston pour avoir exposé le concept du « Big Player » ?
- AF : J’aurais dû, mais je ne l’ai pas fait. Tout le monde lui en voulait sur l’équipe sauf Bill. Lui et Ken étaient devenus très proches l’un de l’autre, mais les autres joueurs le détestaient. Ils s’éclataient totalement et gagnaient beaucoup d’argent. Ken a ruiné ce mode de vie qu’ils avaient.

- RWM : Quand avez-vous joué avec l’ordinateur dissimulé ?
- AF : Environ deux années plus tard.

- RWM : Comment ce projet est-il arrive ?
- AF : Ken Uston m’a présenté à Keith Taft qui vivait à Sunnyvale à l’époque. C’était un homme très religieux et aussi très ingénieux. Il avait développé un concept où un ordinateur serait positionné à l’intérieur d’un soulier et était à la recherche de quelqu’un pour diriger une équipe. Ken croyait que je serais la bonne personne pour cela. Keith et moi sommes devenus partenaires, j’étais retraité à ce moment, mais j’aimais l’idée. J’ai donc commencé à enseigner aux gens à opérer l’ordinateur installé dans leurs souliers.

- RWM : Comment cela fonctionnait-il ?
- AF : Nous y introduisions la valeur exacte de chacune des cartes (pas la couleur). Il y avait deux boutons dans chaque soulier. Ils étaient situés au-dessus et en dessous de votre gros orteil. Avec ces quatre boutons, vous pouviez entrer la valeur de toutes les cartes. Les quatre boutons avaient des valeurs de 1, 2, 4 et 8, donc si vous combiniez les boutons 2 et 8 vous faisiez 10. En jouant en tête-à-tête vous entriez vos deux cartes en premier suivi de la carte du croupier et l’ordinateur vous indiquait comment jouer votre main. Vous receviez le signal par une vibration à la plante du pied. Une vibration pour « tirer », deux vibrations pour « rester », etc. Il y avait des signaux pour tout, doubler, abandonner, hausser la mise, diminuer, etc.

Nous avions une maison à Reno pour environ trois mois. Lorsque nous avons débutés, il y avait toujours quelque chose qui ne fonctionnait pas. Un fil qui brisait, un soulier qui se désintégrait, les batteries qui tombaient par le talon du soulier. Il fallait continuellement quelqu’un pour s’occuper du bon fonctionnement des souliers.

Notre première idée était de ne jouer que les Single Deck à mise constante égale. Durand cette période, les casinos étaient très paranoïaques à l’égard des compteurs. Nous pensions qu’en misant de cette façon nous pourrions jouer indéfiniment. Les souliers que nous devions utiliser étaient un peu gros et nous recevions même de temps à autre des commentaires venant des chefs de tables concernant le format des souliers. Un de nos joueurs dit au chef qu’il avait un problème de « gros orteil » et que ce modèle était le seul qui lui convienne.

La majorité des joueurs que j’entraînais étaient nouveaux sur la scène du Blackjack. L’entraînement prenait de six à huit semaines et nous devions débuter à zéro, car la plupart d’entre-eux n’avaient jamais joué au Blackjack avant. La mise la plus grosse qu’ils avaient peut-être fait dans leur vie était de $5 et en peu de temps je les envoyais miser $100 et $200. Nous avions un avantage d’environ 1.5% mais si vous rencontrez un croupier qui vous triche, cet avantage s’évapore rapidement. Je pense que cela c’est produit à quelques reprises.
Nous avons joué neuf mois et n’avons pas fait d’argent. Je crois que nous avons essayés d’en faire trop et que la mise constante égale n’était pas une méthode assez agressive. Si l’on figure les dépenses de Keith ainsi que ce que nous avons perdus aux tables, l’aventure nous a coûté environ $75 000. Rien de bien grave, seulement neuf mois de notre temps. Personne ne fût arrêtée ou pris par les casinos. À l’époque, l’utilisation des ordinateurs dans les casinos n’était pas encore illégale.

J’ai toujours eu cette faculté d’arriver avec de nouvelles idées. Je frappe les casinos avec une idée qu’ils n’ont jamais vue auparavant et j’en profite. Ils n’ont aucune idée de la façon dont ils se font battre.
Un autre concept que j’utilisais se nomme « the drop » (la chute). Je jouais un Single Deck et au moment de couper, je soulevais la coupe en l’inclinant légèrement vers un complice assis à la table voisine qui visualisait la carte puis je laissais retomber 4-5 autres cartes et procédais à la coupe. Une fois la coupe accomplie par le croupier, je connaissais l’identité de la quatrième ou cinquième carte. Il fallait ensuite ajuster le nombre de mains jouées afin de recevoir cette carte ou de la donner au croupier comme carte cachée. L’habileté qu’il fallait maîtriser était celle de savoir exactement combien de cartes je laissais retomber. Mon taux de réussite était de l’ordre de 95%. Je jouais habituellement trois mains de $500 dès le début et le casino croyait avoir à ce moment un avantage sur moi alors que mon avantage moyen était de l’ordre de 16%.

J’ai utilisé cette méthode environ six mois mais c’était le genre de choses difficiles à mettre en place car elle demandait des conditions idéales. Le concept utilisait trois hommes. Il vous fallait une table rien qu’à vous, un complice à la table voisine et un troisième servant de relais qui vous laissait savoir s’il s’agissait d’une petite carte ou d’une bûche. Les conditions étaient donc difficiles à trouver.

- RWM : J’imagine que c’est pour cette raison qu’ils ne laissent plus les joueurs couper à la main ?

- AF : Oui. Par contre, il y avait une autre équipe qui coupait les As et c’est certes la raison principale liée à l’apparition de la carte de plastique. J’ai été arrêté pour avoir joué « la chute » au Fitzgerald’s à Reno. Jusqu’à ce jour, ils n’ont jamais su ce que je faisais. Ils savaient que je faisais quelque chose mais n’arrivaient pas à figurer quoi. J’ai dû engagé un avocat, mais après un certain temps ils ont abandonné la cause.

- RWM : Croyez-vous que c’était tricher ?
- AF : Certains vous diront que le concept était malhonnête mais si ce l’était, je m’en fous. Je sais combien de fois les casinos m’ont triché et je ne faisais que leur rendre la pareille. Le « Hole Carding » n’est pas malhonnête, cela a été admis devant la cour.

- RWM : Comment vos femmes acceptaient-elles ce jeu.
- AF : J’ai commencé à jouer au Blackjack vers la fin de mon premier mariage. Lors de mon second mariage j’étais marié avec une Vénézuélienne et elle vivait très bien avec le fait que je jouais au Blackjack.

- RWM : Jouez-vous toujours au Blackjack ?
- AF : Je suis retourné au Blackjack dans les années ’90 lorsque Arnold (Snyder) mit sur pied une équipe nommée CRAPS. Nous avions démarré une équipe de comptage direct. Bien qu’il y avait de bonnes personnes dans cette équipe, nous n’avons pas fait d’argent. Après environ une année, nous avons lancé la serviette et au même moment je suis arrivé avec l’idée d’une équipe de suivie de As. Il m’a pris environ six mois à mettre le concept sur pied. J’ai jonglé avec cinq ou six différentes idées afin de mémoriser les séquences de cartes. Quelques-unes de ces idées n’étaient pas tellement bonnes et j’en ai finalement trouvé une qui fonctionnait très bien.

- RWM : Avez-vous lu des livres sur la mémoire ?
- AF : J’ai lu tous les livres que j’ai pu trouver sur la mémoire et j’ai étudié environ huit heures d’enregistrement vidéo à ce sujet. Je ne peux plus le faire maintenant par manque d’entraînement, mais une fois j’ai joué sur un sabot de huit jeux où j’ai mémorisé 24 séquences et réussi à me les rappeler toutes. Habituellement vous jouez sur un six decks et vous pouvez avoir 12-13 séquences à mémoriser. J’ai appris la technique à quelques personnes et nous avons eu de bons résultats.

- RWM : Vous travaillez sur quoi en ce moment ?
- AF : En ce moment, je suis d’une certaine manière de l’autre côté de la table. Je suis impliqué dans une opération bancaire ici en Californie. Les clubs de cartes ne peuvent accepter de mises provenant des clients. Les mises doivent se faire entre clients. Si un client veut miser $1000 et que personne à la table ne veut miser autant, celui-ci ne peut pas miser. C’est ici que j’interviens. Je fournis des fonds à un joueur de la table qui accepte toutes les mises. Nous avons un « banquier » dans plusieurs casinos, c’est donc comme se retrouver de l’autre côté de la table. Je n’avais jamais pensé être dans cette position un jour. Je ne suis toujours pas le casino, mais une sorte d’intermédiaire.
Je suis aussi impliqué dans les courses de chevaux. J’ai de temps à autres essayé de gagner aux courses depuis plus de vingt ans. La première tentative fût avec mes trois frères. Nous avons dépensé $45 000 il y a de cela vingt ans, récoltant de données de toutes les pistes de Californie et de New York. Nous avions de l’aide de Bill Quirin pour récolter toutes ces informations, puis il a décidé d’écrire un livre sur notre étude sans notre permission ( Winning at the Races, par William Quirin, 1979 ). Il était comme Ken Uston. Ce fût un livre très populaire, le meilleur de l’époque traitant du sujet des courses de chevaux. En ce temps, nous pensions avoir un système gagnant, mais il ne tenait pas la route. Il y a environ quatre ans, nous avons commencé à jouer le « Pick 6 » et en avons frappé quelques-uns. Nous croyons avoir présentement un système gagnant mais n’avons pas joué suffisamment longtemps pour en être certain.

- RWM : Plus de Blackjack ?
- AF : Je crois que le Blackjack est derrière moi maintenant. Je ne jouerai probablement plus une autre main de Blackjack de ma vie, mais je ne sais pas (Al s’arrête pour penser un moment), j’ai eu l’idée d’un nouveau concept il y a deux ans ….